Je fabrique des objets et je les déploie quelque part

J’ai jonglé à mon goût avec cette forme fondamentale, cette équation mathématique que je me suis permis d’enlever un moment au chien, le temps de mieux l’observer : vingt hexagones et douze pentagones chacun à sa place, la même séquence de points de suture s’étalant équitablement pour tracer, en pointillés, une sphère.

 

Épinette en pot (détail) 2014
Bois, acier, câble de sisal, béton
110 x 110 x 245 cm.
Photo: Étienne Boucher

Les trente-deux pièces assemblées ne sauront toujours qu’approcher la forme idéale que je cherche. Quand même. Je la devine aisément, je l’évoque en atelier avec quelque chose qui roulera quand même un peu pour finir par s’asseoir calmement sur l’un de ses flancs. Après avoir compris par quelle combinaison tous les pans arrivent à se refermer sur un même volume, je peux toujours ensuite l’emplir d’air comprimé ; poussées partout et bien également par l’intérieur, ses lignes droites se cambrent toutes en même temps.

À l’opposé, si j’arrivais à créer un intense vide d’air à l’intérieur du ballon, je suppose qu’il en résulterait quelque chose ressemblant maintenant à une balle, une toute petite balle très dure et farcie de sa circonférence, finement ramassée en plein centre. Comme une balle de neige bien tassée et parfaitement ronde.

 

Un tour, venu d’un centre 2014
Cuir, corde de polyester, poulies métalliques, béton
272 x 320 x 320 cm.
Photo: Étienne Boucher

Et si le vide se trouvait tout autour du ballon, puissamment et même jusqu’à la rupture, j’atteindrais alors sans doute une rondeur bien plus importante en volume et aussi parfaite que le permettra l’expérience. En tirant de partout à la fois, l’air de rien appellera la membrane à se distendre jusqu’à en déchirer… l’air pleine.

 

Les sphères, une hypothèse 2015
Bois, acier, tendon synthétique, toile de camion, câble de nylon, béton
310 x 260 x 120 cm.

C’est toujours de la même manière qu’on arrange les oranges, les pommes et tant d’autres volumes ronds qui se déploient entre deux petites marques opposées sur la surface, comme des nombrils qui ne se voient pas. Les quartiers de lune semblent être assemblés de la même manière. Autrement, et lorsque le nombril est en plein centre du volume, l’on est plutôt tenté d’y aller de séparations pyramidales qu’on peut ensuite réassembler par blocages mécaniques. C’est alors le rayon qui est mis en évidence, plutôt que le diamètre.

 

Trois stades 2014
Bois, résine d’époxy, béton, corde de polyester, craie à tracer.
750 cm de longueur
Photo: Étienne Boucher