Je fabrique des objets et je les déploie quelque part

Le bronze est un matériau fortement connoté et cette réputation n’est pas complètement surfaite, en raison de la grande complexité de la fonderie d’art et du raffinement qui en découle. L’expertise d’un maître fondeur le rend capable d’illusion, qu’il met avec humilité au service des artistes. Or tout le génie inhérent à cette technique consiste à faire disparaître toute trace de son exécution, de sorte que la forme coulée ne se distingue plus du modèle que par sa matière. Une matière d’une apparence éternelle, un transfert sans douleur qui tient de la magie.

 

Et pourtant. En fonderie, il faut d’abord construire en cire une complexe architecture de soutènement, de circulation des fluides, de distribution de la chaleur, d’évacuation des gaz. En un temps très court et critique, ces réseaux de coulées et d’évents seront empruntés par une matière en fusion qui ira se figer partout dans les méandres du moule. D’habitude, et s’il est bien fait, ce réseau très spécifique à la fonderie sera ensuite totalement oblitéré sur la pièce finie ; personne ne saura dans quelle position l’objet a été coulé, ni en combien de parties. Personne ne verra par où cette forme a été alimentée, puisque les chemins de coulée sont amputés après coup. Les évents sont désormais introuvables, les plans de joints sont ébarbés. C’est alors toute la genèse de la forme en soi qui nous échappe. En outre, ses aléas de matière nous sont également inconnus.

 

Petit chantier de déconstruction, site 1 2019
Bronze, bois (chêne)
40 x 47 x 25 cm.

Comme l’étymologie nous renseigne sur l’origine et le sens des mots, c’est un peu l’ombre de la sphère que je cherche à travers les procédés du feu menant à l’objet rond ; d’un point de vue formel, d’un point de vue factuel.

 

Petit chantier de déconstruction, site 2 2019
Bronze, bois, colle PL, plâtre hydro stone
54 x 46 x 36 cm.

L’on reconnaît mes petites ancres de bois qui encore, s’amarrent à ma toute première étude armillaire. Or si l’une d’elles se présente en bronze, elle viendra avec le fatras qui aura permis de la couler, soit un réseau de masses et d’éléments linéaires qui tient autant de circulations que d’architecture. Et puis, si l’on continue en bois ou avec autre chose?

Petit chantier de déconstruction, site 2 2019
Bronze, bois, colle PL, plâtre hydro stone
54 x 46 x 36 cm.