Je fabrique des objets et je les déploie quelque part

Parfois, le sculpteur se dit qu’il serait bien de ne pas sculpter, mais juste d’établir un protocole. Laisser les choses s’enchainer, voire se dérégler toutes seules sur le plancher, à partir de quelques petites actions programmées.

Ces idées faisant leur entrée dans un monde d’objets, les choses seront peut-être alors plus à leur aise pour exister par elles-mêmes, dans l’abstrait mais concrètement, sans qu’on les compare sans cesse à ce à quoi on voudrait qu’elles ressemblent.

Commençons avec une séquence, une petite chose qui, à force de se répéter, engendrera quelque chose de plus grand. Une petite semence de bois prise de hoquet et vibrant dans l’espace, assez pour occuper un peu plus de place à chaque tremblement et qui, à terme, trouvera sa route.

Ce travail est destiné à une bibliothèque. Il est noble d’amasser des connaissances, mais elles sont bien plus précieuses encore lorsqu’on en fait quelque chose de nouveau, qui nous soit personnel. L’on engage alors sa créativité et son sens des déductions pour porter le savoir vers des expressions inédites, lesquelles vont à leur tour générer du neuf. Se déployant entre l’intérieur et l’extérieur de la bibliothèque, je vous entretiens donc d’un savoir qu’on partage et qui, de ce fait, s’exhale en de nouvelles déclinaisons. 

Il y a quelque chose dans la technicité même de la sculpture qui évoque ces notions d’enrichissement dans le partage. Par exemple, le moulage conduit d’habitude à l’édition de multiples à partir d’une forme donnée. De même, la chaudronnerie d’art commence avec une matrice de bois sculpté sur laquelle on édifie une coquille métallique, dédoublant la forme étalon. Dans le cas qui nous occupe, la matrice de départ mesure à peine un mètre de hauteur. Arborant des volumes en séquence, elle se prête à la répétition du motif, jusqu’à atteindre une longueur bien supérieure. En fait, c’est en glissant la matrice dans la coquille en cours de production qu’il est possible de la prolonger, créant une forme plus achevée. 

Au final, et de part et d’autre des vitrines, c’est dans un seul geste que s’exprime la rencontre entre le modèle et son double qui, s’en inspirant, est allé plus loin.