Je fabrique des objets et je les déploie quelque part

 

La structure de bois qu’on connaît de ces canons reste à peu près la même mais s’emballe un peu, suivant une logique de continuité. Dès lors et avec le nombre, s’engage une harmonie imitative proche du drill militaire, avec ses mouvements en cascade. Les corps plient et se relèvent, ils tournent et se retournent. Les regards restent braqués vers un horizon hors foyer. Les fusils tournoient, mirant au passage toutes les cibles, à hue et à dia.

 

Dans le monde abstrait de la sculpture, je remarque surtout l’apparition de deux langages à peu près antagonistes, deux systèmes de validation de ce que l’on fait. D’abord une nécessité de poursuivre un système qui a été instauré dans l’ordre et la méthode, comme si même une action absurde et décalée pouvait trouver un peu plus de sens en étant reproduite et poussée jusqu’à trop. L’architecture toute simple de cet empilement de poutres permet d’anticiper une surenchère, somme toute logique. Or dès qu’est franchi le point de bascule, c’est une architecture d’un autre type qu’on voit apparaître cette fois derrière les derniers canons, des actions de panique, des étais posés dans l’urgence et le désordre.

 

 

Photo: David Ricard

Photo: David Ricard

Ces canons de quatre cent livres chacun qui devaient lester les sculptures et les rendre sécuritaires sont désormais allés trop loin, menaçant de basculer vers les troupes… on ne joue pas avec des armes.

Photo: Hélène Bouffard et Stéphane Bourgeois

Photo: Hélène Bouffard et Stéphane Bourgeois